Le récent accident d'hélicoptère du 16 février en plein cœur de Londres a fait deux victimes et treize blessés. Cet évènement - heureusement très rare - mais spectaculaire a attiré l'attention des médias. Arnaud Kneib revient sur les avancées en matière de sécurité aérienne, plus particulièrement dans le secteur des hélicoptères.
Arnaud Kneib enseigne notamment les hélicoptères et les matériaux composites à l'IPSA. Ingénieur pendant seize ans chez Eurocopter puis neuf ans chez Astrium, il se consacre maintenant pleinement à la transmission de son savoir aéronautique depuis maintenant deux ans.
Quelle était la probabilité qu'un accident pareil ait lieu ?
C'est très regrettable, mais il y a et il y aura toujours des accidents. Le risque zéro n'existe malheureusement pas. Cependant, les appareils d'aujourd'hui doivent répondre à des objectifs de fiabilité très stricts (le risque statistique d'accident admis est de l'ordre de 1 sur 1 million). Par ailleurs, il faut rappeler qu'en nombre de victimes par kilomètres parcourus, le transport aérien en général reste le moyen de déplacement le plus sûr qui soit (0,05 décès par milliard de kilomètres parcourus là où on en compte plus de 3 en voiture).
Le fait que l'accident ait eu lieu au cœur d'une métropole mondiale ajoute au spectaculaire. Mais cela occulte le fait que dans l'immense majorité des cas, le transport en hélicoptère ne comporte aucun risque.
Comment est-ce que la sécurité des hélicoptères a évolué au fil des années ?
Une multitude de facteurs ont rendu le vol en hélicoptère plus sûr lors des dernières années. Tout d'abord, le fait que les matériaux composites à base de fibre de verre, de carbone ou d'aramide (communément appelé Kevlar) aient largement remplacé les métaux dans la composition de pièces des appareils comme les moyeux et les pales de rotors a largement augmenté la tolérance des hélicoptères aux dommages. La durée de vie des pales est par ailleurs passée de 2 à 3 000 heures de vol à 20 000 heures.
Ensuite, des dispositifs tels que les rotors arrières carénés (ou fenestron) ont également joué un rôle dans la réduction des risques. Comme les pales sont situées à l'intérieur d'une veine, les risques que des corps étrangers (cailloux, câbles, oiseaux...) se prennent dans le rotor arrière (et provoquent un accident) est fortement limité. De plus les hélicoptères munis d'un fenestron peuvent également continuer à voler en cas de perte de la fonction anti-couple et rejoindre ainsi une zone favorable à un poser en autorotation.
En fait, les usages ont conduit les ingénieurs à développer de nouveaux systèmes. Le développement des plateformes d'exploitation pétrolière offshore (notamment en Mer du Nord) a contraint les ingénieurs à imaginer des hélicoptères protégés contre la foudre. Idem pour les systèmes de dégivrage qui équipent des appareils comme le NH90 de NH Industrie qui opèrent, entre autre, en Finlande.
Tous ces nouveaux usages, ces nouvelles demandes conduisent bien évidemment une standardisation internationale stricte des normes impératives de sécurité des hélicoptères. Ces règlements sont institués de concert par les industriels, le législateur et les usagers.
Hélicoptère équipé d'un fenestron
Anatoliy Lukich / Shutterstock.com
Quelles sont les prochaines problématiques de sécurité auxquelles les futurs ingénieurs de l'IPSA devront faire face ?
La sécurité hélicoptère évolue constamment. L'accident de Londres a lieu dans le contexte bien particulier de la capitale britannique, où la réglementation concernant le vol d'hélicoptère au-dessus d'une zone urbaine à la densité de population très importante n'est pas la même qu'en Île-de-France. Le survol de Paris par des hélicoptères reste très réglementé, alors qu'en 2012, Londres était survolé en moyenne 1 600 fois par mois. C'est le rôle du politique que de réguler ces vols.
Concernant le rôle de l'ingénieur, il va falloir se focaliser entre autres sur la réduction du bruit extérieur. Sachant que ce facteur est largement lié à la vitesse de rotation, ce nouvel impératif entraîne de nouveaux défis aérodynamiques à relever. Par ailleurs, la régulation du bruit des appareils est un impératif pour que ceux-ci puissent un jour survoler en toute quiétude une zone comme Paris.
Les défis à venir sont donc multiples et les ingénieurs spécialisés en hélicoptère ont encore beaucoup de travail devant eux.
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