Mercredi 9 mars, Discovery, la plus ancienne des 3 navettes spatiales américaines, s'est posée pour la dernière fois en Floride. Aimé Merran, directeur du développement et des relations internationales de l'IPSA, diplômé de l'ESME Sudria, titulaire d'un DEA d'astrophysique et passionné d'astronautique, commente la fin des navettes spatiales américaines.
Quel bilan pour Discovery?
La navette Discovery a passé 365 jours dans l'espace et a fait 238 millions de kilomètres, soit 325 fois la distance terre-lune. Elle a volé pendant près de 30 ans, de 1984 à aujourd'hui. L'un des plus grands exploits réalisé par le programme spatial américain a été la mise sur orbite du télescope Hubble et la réparation de la myopie de Hubble. C'est grâce à la précision de Hubble que l'on a pu vérifier l'existence des exoplanètes par exemple. Les navettes spatiales américaines ont également participé de manière déterminante, en raison de leur capacité de transport, à la construction de la station spatiale internationale (ISS).Mais l'aventure ne sera totalement achevée qu'en juin, quand deux autres navettes, Endeavour et Atlantis, auront effectué leur dernier vol.
Pourquoi cesser les vols ?
Le programme américain était l'un des plus ambitieux mais également l'un des plus risqués, tant technologiquement qu'humainement. A l'époque de l'élaboration du programme, des scientifiques, dont je faisais partie, pensaient que le risque était trop important au niveau humain. Les faits l'ont démontré : sur les 5 navettes construites, 2 ont explosées, causant la mort de tous les passagers qui étaient à bord, 7 membres dont à chaque fois 3 pilotes, 3 expérimentateurs, et un joker, qui pouvait être un spécialiste d'un domaine scientifique particulier ou encore un homme très riche prêt à participer au financement de l'opération.
Malgré les dépenses considérables effectuées pour minimiser les risques, ceux-ci restaient malgré tout trop élevés. L'exemple de la sûreté de fonctionnement illustre bien les précautions prises. Pendant les 3 ou 4 premières minutes de vol après le décollage, ce ne sont que des ordinateurs qui dirigent la navette. Or, pour rendre le risque de panne nul, ce qui implique de prendre en compte le calcul de la durée de vie moyenne de chaque composant, les concepteurs de la navette avaient décidé de construire 5 ordinateurs identiques afin que chacun puisse prendre la relève de l'autre en cas de défaillance, précaution extrêmement coûteuse. Au moment de l'atterrissage en revanche, l'absence de carburant rendait le rôle du pilote essentiel, et il fallait donc des pilotes parfaitement entraînés, car on sait combien l'erreur humaine est un facteur de risque important. Cet entraînement était également très coûteux.
Malgré ces précautions au prix très élevé, il y a eu 2 catastrophes qui ont fait disparaître 2 des 5 navettes. La première a été l'explosion de Challenger, en 1986, à la suite de la défaillance d'un joint torique, et la seconde l'explosion de la navette Columbia en 2003, à cause de la rupture de la carlingue de l'avion, liée à l'usure des tuiles de carbone censées réduire les frottements. En temps de crise, étant donné l'extravagance du projet, tant en termes économiques qu'en termes technologiques ou qu'en termes humains, il était logique que le programme trouve une fin.
Que va-t-il se passer ensuite ?
L'idée est de faire une navette beaucoup plus petite et moins coûteuse, de type drone, c'est-à-dire sans homme embarqué. Les Américains ont conçu une navette de ce type en secret, comme on a pu le découvrir il y a maintenant 3 mois. Le système qui va probablement le plus en souffrir est la station spatiale internationale, qui ne pourra plus être alimentée en homme que pas les fusées Soyouz des Russes, qui devront transporter aussi les astronautes américains. Quant à Hubble, après une dernière opération de maintenance il y a 4 mois, le télescope a encore une belle vie devant lui et devrait durer encore entre 5 et 10 ans.
A terme, pour envoyer de nouveaux des hommes dans l'espace, les Américains pourraient concevoir une solution plus économique et moins sophistiquée. Un système de navette accrochée à son réservoir et à deux boosters tel qu'il existait auparavant paraît un peu étrange, et on pourrait imaginer un système de navette attachée à un avion : la fonction de l'avion serait de faire échapper la navette à la gravité terrestre, et les deux pourraient ensuite revenir à terre et être réutilisés ainsi à plusieurs reprises.
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